claqué pour le Royaume ?

Vous l’avez certainement entendu, l’info a dû passer non seulement sur internet mais aussi dans les médias classiques puisque des paroissiennes non connectées m’ont parlé de ça : pendant la cérémonie de baptême, un prêtre a giflé l’enfant.

J’ai visionné la vidéo qui circule, et que vous trouverez facilement par votre moteur de recherche préféré. Evidemment, le loup a tapé de la patte sur la table : « inadmissible ! Comment peut-il oser ?! »

Le corbeau, lui, a penché la tête, cligné des yeux et demandé de revoir la vidéo. C’est ce qu’il a fait, plus d’une fois. Et puis, il résume :

« Je vois un enfant en panique. Un enfant qui hurle et crie sa panique. Qu’est-ce qu’il fait là, qu’est-ce qu’on va lui faire là, il ne sait pas où il est ni pourquoi ni ce qui l’attend. Il a peur, il est en état de choc. Et il crie, hurle, clame. Et, malheur, la panique est un phénomène autostimulant : plus on crie et hurle, plus la panique s’agrandit – s’il n’y a pas une personne autre qui intervient pour rompre ce cercle vicieux.

Pour un bébé, les personnes susceptibles à intervenir, ce sont les parents. Or là, je n’en vois pas, que ce soit dit en toute franchise. Je vois des adultes qui tiennent ce bébé hurlant à bras tendus, le plus loin d’eux-mêmes dirait-on, et qui restent muets. Muets de la voix et de la bouche, muets aussi de toute expression d’amour, de tout geste qui pourrait rassurer l’enfant en panique, l’enfant qui craint pour sa vie. Je ne vois pas de mère, pas de père. Le roi Salomon serait tenté de juger que cet enfant mériterait une mère qui se soucie de lui, ne fût-elle pas sa matrice.

Je devine plus que je vois, d’autres adultes. Quelques paroissiens. Des membres de la famille du bébé, des tantes et oncles, grands-parents, peut-être des arrière-grands-parents. Ils observent. D’eux, l’enfant ne peut pas espérer plus de soutien que de ceux qui le tiennent du bout des doigts.

Et je vois un prêtre. Il est vieux. Ses camarades de classe, s’ils sont encore de ce monde, sont arrière-grands-parents, et il le serait probablement aussi s’il n’avait pas été séminariste. Ses camarades de classe sont retraités depuis un quart de siècle et ne font que ce qui leur plaît, et lui, il rend toujours service à l’Église. En assurant des messes, en donnant les sacrements quand il faut. Et il voit devant lui cet enfant, il sent la panique, la peur de mort. Lui, c’est le seul à vouloir entrer en contact avec cet enfant. Tout en tentant de continuer la sainte liturgie dont il est le serviteur, il essaie d’attirer l’attention de l’enfant pour le faire sortir de son cercle de panique proférant des cris de de cris stimulant la panique.

Ils sont deux à être seuls. Là l’enfant, jeté dans une situation que personne n’a jugé utile de lui expliquer. Ci le vieillard qui sent que de lui seul dépend l’issue de la situation. Peut-être se souvient-il, et sans en être conscient, que pour rompre ce cercle vicieux de la panique, il faut user de la surprise. Un seau d’eau fraîche déversé sur la personne paniquante la surprend tellement que les cris arrêtent, qu’on peut à nouveau atteindre son âme et la calmer. Les nageurs-sauveteurs savent (sans trop le crier sur les toits, pour des raisons qu’on imagine) que parfois pour pouvoir sauver une personne en panique, il faut lui donner une paire de claques, de celles qui font mal, pour briser la coque mortifère de panique qui les entoure. Ou encore leur passer la tête sous l’eau pour quelques secondes, mais là il faut vraiment savoir ce qu’on fait…

Et c’est là que, du bout des doigts, il donne une tape sur la joue de l’enfant.

C’était raté, c’est sûr. D’une parce que… quand les nageurs-sauveteurs le font, c’est dans l’eau, sous les vagues, loin de la plage et loin de tout téléphone portable susceptible de filmer la scène. De deux parce que c’était tellement tendre, tellement doux comme tape que ça n’a pas pu faire effet sur l’enfant. »

Voilà ce que dit le corbeau. Et il ajoute que dans cette histoire, il n’y a, à son avis, que des victimes.

D’accord, dit le loup, mais que faire ?

Ben, rien, répond le corbeau. Ce n’est pas de notre ressort. Mais nous pourrions dire à ceux qui veulent bien l’entendre que le baptême, ça se prépare. On prépare avec les parents ce qui va se passer, ce qui est leur rôle dans la liturgie – et bien sûr, que c’est un engagement pour toute leur vie de parents ! – et de préférence on le prépare même avec l’enfant. Les enfants ne sont pas bêtes, ils comprennent plein de choses même s’ils ne peuvent pas encore le verbaliser. Donc en tant que baptiseur tu te présentes à l’enfant quand tu rencontres les parents. Ainsi, il te connaîtra, reconnaîtra dans l’église ou dans le temple. Et tu lui expliques ce qui va se passer, tu lui diras que rien de mal ne lui arrivera mais qu’il y aura plein de gens qui se réjouiront de sa présence. Et que sa maman et son papa l’accompagnent.

Et si pendant la liturgie du baptême l’enfant commence à pleurer, tu fais une pause. Si la maman ne vient pas d’elle-même à l’idée de le calmer tu lui diras, calmement. Il n’y a pas de raison que le baptême terrorise qui que ce soit. Si tous les participants font ce qui est de leur pouvoir pour que l’enfant s’y sente bien, tout ira bien.

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2 réflexions sur “claqué pour le Royaume ?

  1. Hallo, Wolfram,

    schön, mal wieder etwas von Dir zu hören bzw. zu lesen. Ich hoffe, es geht Dir und den Deinen gut…

    Zu Deinem Beitrag (Ich hab ihn dank des Google Übersetzer-Dingens lesen können): Leider habe ich mich schon fast daran gewöhnt, dass Popen, Priester, Pfarrer und andere Kirchenleute in den „Sozialen“ Netzwerken routinemäßig schlecht gemacht werden. Warum jemand von uns etwas tut und was er sich vielleicht dabei gedacht hat, wird gar nicht erst gefragt, sondern reflexhaft mit Entrüstung und Schmähworten reagiert.

    Die wenigen Kirchenleute, die Kinder, Frauen und Männer mißbraucht haben, gehören zu recht bestraft. Emotionale, körperliche und sexuelle – das geht gar nicht, darin sind sich ja auch alle einig. Ich möchte aber nicht unter dem Pauschalverdacht stehen, dass alle Kirchenleute ihre Finger nicht bei sich behalten können und auch sonst eigentlich miese, ausbeuterische und gierige Typen sind, die die Leichtgläubigkeit ihrer Schäfchen ausnutzen.

    Ich erwarte, dass auch in #metoo-Zusammenhängen genau hingeguckt wird und erst einmal die Unschuldsvermutung gilt. Sonst ist die Karriere und das Leben von Lehrern, Trainern und Pfarrern sehr schnell zerstört. Und das geht auch gar nicht.

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    1. Lieber Richard,

      leider war mir dein Kommentar bis heute entgangen. Ja, es geht uns gut, und wir leben immer noch an einem schönen Fleck der Welt, wo ich in einer der besten Gemeinden arbeite, die ich mir vorstellen kann. Leider kann ich nicht bis zum Ruhestand hier bleiben… 😉

      Ja, die Sache mit der Unschuldsvermutung. Die ist nicht nur dem « gemeinen Volk » schwer zu vermitteln (du weißt ja: « es ist gut, daß ein Mann stürbe für das Volk » ist eine zeitlose Feststellung), sondern auch für die Ermittlungsbehörden und vor allem für die Presse eine schwer annehmbare Last.
      Die Journalisten schaffen es nämlich regelmäßig, mit eben dem Begriff, der die Unschuldsvermutung trägt, « présomption / présumer », den Beschuldigten als « vermuteten Täter » zu bezeichnen. Würde dieser lapsus linguae einem Richter unterlaufen, wäre der Prozess wegen Voreingenommenheit geplatzt…

      Liebe Grüße!

      Auf kunstkitschundkrempel.wordpress.com findest du übrigens auch ein paar Gedanken von mir.

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