Attestant. Attestants. Attestants ?

Les Attestants sont un mouvement à l’intérieur de l’Église Protestante Unie de France, reconnu par le Conseil National de cette Église, à vocation fédérative.

Si j’en écris ici, je parle uniquement en mon nom tout en étant membre du mouvement. Mes propos n’engagent pas les autres membres du mouvement, sauf s’ils s’y reconnaissent.

Les motivations des uns et des autres de rejoindre le mouvement sont diverses, et je n’en ai rien à redire (même si le corbeau, parfois, sent hérisser les plumes dans son dos pour certaines expressions qu’il rencontre – mais n’est-ce pas normal dans tous les mouvements ?). Par contre, je peux parler de ma motivation personnelle d’être membre du mouvement et de prendre part aux réflexions et évolutions.

L’Église Réformée de France dont l’Église Protestante Unie de France est héritière, a toujours prôné la diversité des théologies. Il n’y a pas de souci là-dessus : tant que tous s’y mettent avec le respect mutuel et aussi le questionnement au fond du coeur si peut-être ce n’est pas quand même l’autre qui est plus près de la vérité. Mais cette diversité et pluralité apporte une lourde charge, car dans les décisions synodales il faut également respecter tous les courants.

Alors qu’un courant dans notre Église s’est donné de grands moyens pour se faire connaître, entre autre par le mensuel « Évangile et Liberté » et des rencontres annuelles dans le style des Universités d’Été, et qu’en plus la majorité des enseignants de l’Institut Protestant de Théologie penchent vers ce courant, d’autres sensibilités sont beaucoup moins fédérés, ce qui laisse un sentiment de solitude, une amertume de ne plus être entendu – alors qu’on est loin d’être seul dans l’Église !

C’est pourquoi les Attestants sont nés.

Et si une collègue pasteur se dit « écoeurée par l’existence même de ce mouvement », c’est bien la preuve que dans l’Église qui prône la pluralité, il est important de donner la parole à plusieurs, et pas toujours qu’aux mêmes.

Pourquoi « Attestants » ?

En latin, « testes », ce sont les témoins. Ne me demandez pas comment on arrive de l’un à l’autre, je ne le sais pas. Peut-être par « testimonium », le témoignage. « tester » serait donc un autre mot pour « témoigner », et « a-tester » serait témoigner à ou vers quelqu’un. Les attestants se veulent donc être témoins. Pourquoi pas appeler le mouvement « les témoins » ? Je suppose que c’est pour ne pas monopoliser ce terme quand même central dans la conception de la vie du chrétien comme de l’Église – et notre Église se veut Église de témoins !

Le témoin n’est pas proclamateur. Il est facile de claironner ses vérités pour ensuite camper dessus : j’ai raison, et si vous n’êtes pas d’accord, vous avez tort. Le témoin doit répondre aux questions, il ne parle pas en son propre intérêt mais pour dire la vérité. Une vérité qu’il ne maîtrise pas mais qui s’est imposée à lui.

Être témoin, implique aussi l’existence d’autres points de vue. Il n’y a jamais qu’une seule vision des choses.

Quand j’étais jeune étudiant à Marbourg, on nous a appris la « discussion religieuse de Marbourg » (Marburger Religionsgespräch) de 1529. Les éminents représentants des deux courants réformateurs à l’époque, de Saxe et de Suisse, avaient été invités à se retrouver pour trouver une ligne commune, afin qu’il n’y ait pas division dans le mouvement évangélique.

Selon nos professeurs, cette rencontre s’est terminée en échec. En effet, alors que 14 points ont pu être traités sur un commun accord, c’était impossible pour le 15e : est-ce que le Christ est réellement présent sur l’autel ou la table de communion, en pain et vin ? Zwingli le niait farouchement : « il est auprès du Père, il ne peut pas être en même temps dans nos assiettes. » Luther, aussi farouchement, l’affirmait : « Dans les Écritures nous lisons ‘ceci EST mon corps », donc il y EST. »

Ils se sont séparés sur ce désaccord, mais avec une déclaration qui pour moi, loin d’être un échec, fait partie des plus belles qui aient été rédigées, et qui est mon leitmotiv dans les échanges théologiques :

Sur cette question nous n’avons pas trouvé de commun accord. Que donc chacun continue sur sa manière, tout en priant l’Esprit Saint de l’éclairer, et en portant les frères dans la prière.

(Évidemment – les humains sont des humains – des siècles durant de chaque côté ont été formulées d’ardentes prières demandant à l’Esprit Saint d’éclairer les autres…)

C’est dans cet esprit, et uniquement dans cet esprit, que nous pouvons être Église ensemble. Que ce soit dans la diversité des paroissiens locaux, des théologies à l’intérieur de l’EPUdF, dans la diversité des Églises participant au dialogue oecuménique : « Seigneur, fortifie mes frères et soeurs ; que ce qui nous distingue ne nous sépare pas, et si je suis dans l’erreur ramène-moi sur la bonne voie. »

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