Bénir. (1)

C’est – paraît-il – le thème synodal de l’Église Protestante Unie de France. La réflexion sur le sens de la bénédiction est pourtant l’arrière-plan sur lequel est débattue avant tout une tout autre question : une cérémonie de « mariage religieux » pour des couples de même sexe oui ou non ?
Les guillemets parce que selon la théologie majoritaire réformée en France, il n’y a pas de mariage religieux, juste bénédiction d’un couple déjà marié.
Ce qui, déjà, se discute et se dispute, même. Loin du sacrement de l’Église de Rome, bien des courants protestants (et encore plus de croyants, à vrai dire) voient en l’engagement pris solennellement devant Dieu un engagement bien plus important que celui pris devant le maire ou son représentant. Façon de voir, et qui se respecte. Au moins, cela veut dire prendre au sérieux le mariage et son caractère à durée indéterminée, de préférence usque ad mortem : jusqu’à ce que la mort y mette un terme. Que seul un couple sur deux y arrive, votre serviteur ne l’ignore point. Mais la façon de creuser de plus en plus l’institution du mariage vers un contrat facilement résiliable qu’on observe depuis une génération, est-elle la bonne réponse, ou ne faudrait-il pas entreprendre d’autres changements bien plus profonds pour le bien-être des concernés ?

Mais là n’est pas la question, pas pour aujourd’hui. Peut-être pour demain, qui sait. J’applaudis la réflexion sur le sens de la bénédiction. Elle est nécessaire, n’y a-t-il pas tendance à demander des bénédictions pour tout et n’importe quoi ?

En ce sens, l’Eglise célèbre des cultes et bénit les personnes à l’occasion d’événements importants qui marquent la vie: le 11 novembre, des obsèques, une « désalliance » (divorce), des noces d’or, des fiançailles, des confirmations, etc.. .
http://www.protestants.org/index.php?id=31268

Au fait, si mes chers collègues français affirment du fond du coeur que les protestants ne bénissent que des personnes, jamais des objets, je les renvoie vers mon ami d’études et collègue en Thuringe qui, aux dernières nouvelles, a béni la nouvelle ambulance des pompiers volontaires de son village. Sans que cela pose le moindre problème théologique : il y a des frilosités, et par conséquent des affirmations très affirmatives, qui n’appartiennent qu’au protestantisme francofrançais.
Revenons à notre sujet.

Dans Information-Évangélisation 1/2014, p.1, Laurent Schlumberger affirme :

Or, évangéliser c’est bénir.

Il a raison – mais l’inverse ne s’affirme pas. Si l’Évangélisation est une façon de porter la bénédiction de Dieu à autrui, bénir quelqu’un n’est pas forcément évangélisant, ni même évangélique (conforme à l’Évangile). Quoi que Raphaël Picon en dise (dans l’éditorial d’Évangile et Liberté 273 de novembre 2013, par exemple). Et encore, quand on le lit bien, Picon ne dit pas que chaque bonne parole (eulogia, gr. « bonne parole » et souvent traduit comme « bénédiction ») est vraiment évangélique, puisqu’il encadre, contrairement à Schlumberger, ce qu’il comprend par bénédiction.

D’ailleurs, la pratique de l’Église Protestante Unie est le malheureux témoin du fait que bénir à tout va n’a rien d’une évangélisation : les registres de bénédictions de couples, de baptisés (bénis à cette occasion) et de confirmés (bénis également) sont remplis de personnes qui en dehors de ces actes pastoraux vivent très bien sans se soucier de Dieu ou de son Église.

Mais cette affirmation du président du Conseil National, reprise de Raphaël Picon, suscite une autre question, à laquelle le double numéro d’Information-Évangélisation ne fait pas face :
nous savons très bien qui évangélise. Des humains. (Trop rarement des membres des Églises membres de l’Église Protestante Unie, d’ailleurs, qui se plaisent encore dans leur héritage de minoritaires, et ne veulent être sel et lumière qu’entre eux…) Des, quel mot horrible, missionnaires. Des porteurs de bonne nouvelle.
Mais dans la bénédiction liturgique, qui bénit ? Le pasteur ? L’Église (visible et constituée) ? Dieu ?
Information-Évangélisation ne s’en soucie pas, et met à niveau égal la bénédiction liturgique et le « je vous souhaite une bonne semaine » que le célébrant pourra dire à la porte du temple.
Or, Nombres 6 nous lisons :

Vous bénirez [le peuple en disant :] Que le Seigneur te bénisse et te garde… Ils apposeront ainsi mon nom sur [le peuple], et moi, je [le] bénirai.

La bénédiction des prêtres s’exprime en demande de bénédiction divine, et Dieu s’engage à bénir ceux que les prêtres ont bénis.
Il y a d’autres moments où Dieu s’engage de façon semblable, ainsi Jésus dit aux disciples : « à qui vous pardonnez les péchés, ils lui seront pardonnés ; à qui vous les gardez, ils lui seront gardés. » (Jn 20) Vu ainsi, nous pouvons effectivement pardonner qui nous voulons, bénir selon notre bon gré et quand et qui et que nous voulons, Dieu suivra. La bénédiction liturgique serait donc autant à la disposition du célébrant que le « bonne semaine ».
Sauf qu’elle prend Dieu en otage.
Reste à voir si Dieu se laissera faire éternellement.

Ne vous trompez pas : Dieu ne se laisse pas narguer, car ce que l’homme sème, il le récoltera. Celui qui sème pour sa propre chair récoltera ce que produit la chair : la corruption. Celui qui sème pour l’Esprit [de Dieu, ndr] récoltera ce que produit l’Esprit : la vie éternelle.

À toute vraisemblance, il convient donc aux ministres d’Église de bien peser leurs paroles, de retenir non seulement leurs pas sur le chemin du temple (Qoh 4,17) mais aussi leurs langues avant toute prise de parole devant Dieu (Qoh 5,1).

La FPF a consacré une page à la question des couples homosexuels : http://www.protestants.org/index.php?id=33262

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