Quel esprit dans l’Église ?

Parfois, en écoutant mes braves protestants réformés, j’ai l’impression que pour eux, depuis la mort des apôtres il y avait une phase sinistre de 14 siècles, dans laquelle un certain Luther a peut-être apporté une petite lumière, mais le grand jour est arrivé avec Calvin et les Huguenots. Ce qui est aussi erroné, théologiquement parlant, que l’adoration et l’invocation à notre aide des Saints dans l’Église Romaine. Et le Calvinisme tend de tomber du cheval de l’autre côté, pour reprendre une expression du grand systématicien et œcuméniste alsacien André Birmelé. Non seulement parce que sa branche libérale beaucoup plus encore que le Calvinisme orthodoxe, penche vers le salut par les œuvres et – ça au moins on ne peut reprocher qu’aux libéraux – met le Christ avec toute son œuvre salutaire au placard. Mais aussi dans son refus catégorique de tout ce qui est fait, cru et dit dans le monde catholique romain.
Et l’ironie de l’histoire fait que Calvinisme et Catholicisme commettent, chacun à sa façon, une même erreur monumentale : ils oublient le Saint Esprit.
Les huguenots en parlent – parfois comme « cette chose qui nous vient de Dieu » ou dans des termes aussi flous et sans valeur – et à deux moments dans leur liturgie, dans une certaine tension illogique qui surprend notamment dans cette Église qui se veut aussi héritière du philosophe Zwingli qui ne pouvait souffrir aucune illogique théologique. La première évocation est au début du culte. Il est dit comme une certitude (et les Réformés sont pleins de certitudes, ils ne demandent pas la bénédiction divine, ils l’affirment…), « tu nous envoies ton Esprit Saint pour illuminer nos cœurs. » Ce qui n’empêche pas qu’un petit quart d’heure plus tard, ils demandent (pour une fois) que Dieu veuille bien daigner d’envoyer son Esprit Saint afin qu’il fasse de l’Écriture lue une parole vivante. Et ça se limite là. Pour ne pas froisser le collège unitarien, la liturgie évite toute formule trinitaire, il n’y a invocation directe ni du Christ ni de l’Esprit…
Reproche qu’on ne peut pas faire aux catholiques ! Mais…
c’est d’une toute autre façon qu’ils ont étouffé l’Esprit Saint : ils ont mis l’Église à sa place. Tout ce que le troisième article du Symbole Apostolique énumère comme effet de l’Esprit Saint, – et même au-delà ! – est absorbé par l’Église catholique : elle se croit identique à la communauté des saints, elle remet ou retient les péchés, elle donne accès à la vie éternelle. Juste pour la résurrection de la chair, elle ne s’avance pas trop, mais il est évident que la résurrection n’est promise qu’à ceux que l’Église catholique romaine sanctifie. Et elle se met aussi à la place du paraclet, de l’intercesseur promis par le Christ, qui intercède pour nous quand les mots nous manquent.
Un grand ironique a dit : Jésus a annoncé le Royaume de Dieu, et ce qui est arrivé c’est l’Église. Ne faut-il pas dire dans le même esprit : « Jésus a annoncé l’Esprit Saint, et ce qui est arrivé c’est l’Église » ?
Face à ce constat, il n’est pas surprenant que se sont formées des Églises dites pentecôtistes, qui mettent l’accent sur l’action de l’Esprit Saint dans la vie du croyant et de la communauté. Elles courent le risque, il est vrai, de trop accentuer cette facette de la vie chrétienne et de la théologie chrétienne, mais n’est-ce pas le risque permanent de tout théologien et de toute Église de trop se fixer sur un aspect au détriment d’autres ? Mais elles nous rappellent avant tout, à nous autres, de réintégrer l’action de l’Esprit Saint vivant et indomptable dans nos perspectives théologiques, et à sa juste place (!) dans nos visions d’Église. C’est l’Esprit et uniquement l’Esprit qui suscite la foi en nous ; c’est lui qui crée l’Église – mais on ne peut en aucun cas identifier l’Église à l’Esprit, ni au contraire l’instrumentaliser pour certaines fins liturgiques. Il suscite plein de charismes en nous, dont la parole prophétique et le parler en langues étrangères (d’anges?), mais sans qu’il nous soit permis d’en faire des critères de jugement sur la foi d’autrui, ni de nous y habituer en en faisant un automatisme lors de nos réunions de prière et de culte.

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