Sola Scriptura

Sola scriptura, seule l’Écriture.
C’est l’un des grands principes de la Réforme. Mais qu’est-ce qu’il veut dire, en fait ?
L’Écriture, c’est la Bible. Un livre ou plutôt beaucoup de livres dans un seul, qui contient une collection extraordinaire de témoignages de Dieu agissant pour son peuple, collectionnée pendant plus de 700 ans et basée sur une tradition plus de millénaire.
Comme les écrits de ce qu’on appelle « Ancien Testament », norme de la foi juive, les lettres des apôtres, les Évangiles et l’Apocalypse de Jean sont pour les chrétiens la révélation divine par excellence, à laquelle se conforme toute autre révélation, toute affirmation théologique.
Norma normans, disaient les anciens, la norme qui norme les normes – cela veut dire que toute affirmation théologique qui serait à l’encontre du témoignage biblique doit être rejetée.
A côté de l’Écriture, les différents symboles de la foi chrétienne, apostolique ou nicéen, ou la Confession de La Rochelle ou la Confession d’Augsbourg, sont bien des textes normatifs, mais à un niveau inférieur : leurs affirmations sont toujours à mesurer à l’Écriture. Ils sont « norme normée » (par l’Écriture), en latin norma normata.
A notre époque, cette autorité prétée à la Bible suscite des questions.
Car à quel point les textes bibliques sont-ils encore d’actualité ?
Là, on est à un sujet sensible. Car effectivement, les réformateurs n’ont jamais oublié qu’il faut interpréter le texte biblique pour bien le comprendre, pour pouvoir transposer ses promesses, exigences et interdits d’une culture et une époque à une autre.
C’est un défi de trouver le bon milieu entre une interprétation à la lettre et une rélativisation absolue qui ne laisse de la « norme des normes » qu’une ombre vague et diffuse.
Par exemple :
doit-on prendre l’annonce de la Résurrection pour un langage symbolique et imagé décrivant un événement qui dans la réalité n’avait pas lieu, disant ainsi que le Christ ne vit que dans nos coeurs et notre foi ?
Certes non. L’annonce de la résurrection n’est pas un langage temporel à traduire de cette sorte dans notre temps, mais témoignage d’un événement absolument unique et tout aussi incroyable il y a 2000 ans qu’aujourd’hui.
Un autre exemple :
L’apôtre Paul demande, dans la bonne tradition juive, aux femmes de se couvrir la chevelure. (Et les intégristes de l’Occident Christianiste oublient volontiers que l’Islam n’a fait que recopier cette obligation, il ne l’a pas inventée.)
Qu’en faire, est-ce que c’est tout simplement obsolète et à oublier, ou est-ce que nos épouses doivent se couvrir la tête ?
En fait, ni l’un ni l’autre. Mais : à l’époque, parmi les femmes adultes, seules les prostituées montraient leurs cheveux en public. C’était considéré de la même manière que les façons vestimentaires des femmes qui pratiquent le métier le plus ancien du monde. La chevelure féminine avait (et a encore, dans les pays orientaux), un fort pouvoir érotique.
Donc, ce que Paul demande aux femmes chrétiennes, est une tenue vestimentaire digne, et qu’elles n’excitent que leurs maris respectifs dans le cadre privé. Et ça, ça se transpose sans grands problèmes sur notre temps, autant pour les femmes que pour les hommes d’ailleurs.
« Sola Scriptura », c’est un postulat exigeant, il est vrai. Il nous demande d’éviter deux erreurs : de prendre à la lettre ce qui veut être compris par son esprit, ou au contraire de rélativiser ce qui porte du sens et veut nous parler, même si la façon d’expression a changé.
« Sola Scriptura », c’est cadre et liberté en même temps : nous devons respecter une norme que nous n’avons pas créée, que nous n’avons pas choisie, que nous ne maîtrisons pas. Mais elle nous enlève l’obligation de faire nos propres normes. Nous ne sommes pas responsables des normes, mais seulement de notre façon de les accomplir. Si nous n’avions pas de norme externe, nous serions responsables et des normes et de leur accomplissement. (Et ça, c’est lourd. Même le gouvernement s’écroule régulièrement sous cette double charge.)
Il nous faut, pour accomplir cette exigence de la Bible, croire qu’à travers elle, Dieu peut et veut nous parler, et qu’il le fait. Sans cette profonde confiance, nous retombons dans le rélativisme, et la Bible n’est plus d’aucune normativité. Cependant, il faut aussi éviter le biblicisme. Tout dans la Bible n’est pas automatiquement parole divine, elle n’est pas dictée par un ange. Mais là, c’est un autre sujet : Que dire du biblicisme ? Il sera traité à un autre moment.
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